"Seul la longueur et la dureté de l’aventure permettent de se retrouver avec soi-même, de réaliser un voyage intérieur au plus profond de son corps et de découvrir des ressources morales et physiques jusqu'alors insoupçonnées. Le corps humain est une machine tantôt surprenante tantôt merveilleuse avec une capacité d’adaptation hors du commun"

Diagonale des fous 2015

Le récit complet de mon aventure au Grand Raid de la Réunion au sein d’une magnifique équipe de bénévoles de l’équipe GASPAR, une aventure de fous pour une course de rêve sur une île unique… Prenez un thé ou un café, quelques biscuits ou des popcorns, installez vous confortablement sur votre canapé et lisez mon récit ;-) Le départ St Pierre, jeudi 22.10.2015 22h : Des jours, des semaines, des mois que j’attendais ce moment ! On me transmets l’information que je suis dans le sas élite 1h avant la course par contre, ce privilège ne me permet pas d’éviter la file d’attente pour le contrôle du matériel…quelques gouttes se font sentir, les visages sont tendus…tout le monde sait ce qu’implique une course sous la pluie ici à la Réunion…une véritable bataille navale ! De mon côté, je connais seulement 3km du parcours donc autant dire qu’il me reste 160km à découvrir, que la visite commence, vivement ! A 30 min du départ, une grosse averse nous pousse à nous réfugier sous une tente prévue pour les journalistes, une légère tension est palpable dans le sas élite, l’énergie contenue du départ. Pour ma part, je me sens relax, pas stressé, impatient d’en découdre mais je sais que la course sera très longue donc pas de panique ! Départ On nous appelle !On s’approche de la ligne d’arrivée, volontairement je me trouve à l’arrière de la masse des élites, je ne veux pas trop consommer de batteries, je sais que ces départs sous les feux des projecteurs sont très demandant en énergie, je reste donc dans ma bulle tout en profitant du moment et l’accueil des réunionnais, quelle ambiance, quelle passion pour cette course de légende ! Je retrouve mon équipe de choc, Maya, Patrick, Antoine, Flo et Juju et nous échangeons par des signes et des regards…que du bon te croiser le regard de Maya avant de partir…. Je me trouve entouré de Nuria Picas, Iker Karrera ou encore Michel Lanne entre autres. Le départ est donné et ce sont des centaines, des milliers de spectateurs qui saluent par une haie d’honneur notre sortie de St Pierre par le bord de mer, pendant presque 10km, les gens nus encouragent et nous renvoient une énergie formidable ! C’est parti très vite, ma montre indique un passage aux 10km, avec environ 200m D+ en moins de 50min !et je me trouve dans un 3ème peloton aux alentours de la 25ème Le passage au premier véritable ravitaillement à Domain Vidot (15km) va confirmer la tendance, Jena Hugo Hoarau passera en tête avec 7min d’avance sur le temps de référence de François d’Haene l’année d’avant…rien que ça !   L’entrée dans l’aventure…de nuit Les cannes sont bonnes, elles répondent et me permettent de me replacer peu à peu sans forcer et surtout sans m’affoler !On alterne entre champs de canne à sucre et parties extrêmement techniques en forêt. Quelques kilomètres dignes d’un parcours aventure dans la boue et les racines où seul Tarzan aurait éviter toutes les glissades. Les chutes sont légions parmi mes camarades de vadrouille qui sont tantôt Tom Lorblanchet, tantôt les frères camus ou Benoit Girondel. A notre dame, premier ravitaillement avec la présence du team GASPAR et de mon équipe de choc que je vous présente : Patrick, le métronome, l’organisateur probablement le mec le plus structuré que je connaisse, un vrai bijou ; Antoine « tonio » l’intrépide aventurier, d’une bonne humeur à toute épreuve doublée d’un grand sens du partage font de lui un élément clé de la cohésion et de l’ambiance de la team et puis the last but of course not the least Maya « The Bee », ma moitié, l’élément fixe et indispensable de mon ravitaillement, l’essence de mes performances. En un regard, elle comprend la situation de la course, mon état, ce dont j’ai besoin, nous sommes complémentaires dans les ravitaillements mais tellement semblables dans les réactions, elle connaît et adore la compétition, elle vit les course au moins autant si ce n’est plus que moi !lorsque je doute je la regarde, elle me transporte, son énergie permet de me surpasser, d’aller chercher ce surplus d’énergie qui peut faire la différence à certains moments. Sa détermination, sa douceur et son amour se traduisent dans mes performances, mon sourire et ma bonne humeur sont le reflet de ce soutien. Je n’intègre pas dans ce récit tous les amis qui auraient pu faire partie de l’équipe comme lors de notre UTMB 2014 ou mes parents, fidèles supporteurs toujours prêt à faire des nuits blanches pour suivre mes crises de folie ;-) Bref j’ai de la chance et cet entourage est le reflet du coureur, l’image qu’il va porter sur des dizaines, centaines de km. Ce ravitaillement se passe super bien, un bisou pour The bee, un sourire pour le team, dévoué et c’est reparti !Je suis en compagnie de Sangé Sherpa et nous revenons sur un groupe composé de lionel Bonnel et Jordi Gamito (futur 6ème ex aequo). Les sentiers sont roulants sur cette partie avant d’arriver à piton sec, les sensations sont toujours bonnes sur ces sentiers mais je veux rester prudent. Je prends mon temps, la course est longue, 2min de pause, un bouillon, des tartines jambon et nous repartons avec Jean Hugo. Je me sens bien sur ces relances sous un ciel de rêve, les étoiles brillent de mille feu et semblent nous tomber dessus. De nouveau, je prends le temps de me ravitailler à Piton Textor (40km) car j’ai beaucoup entendu parler des prochains 25km et je m’en méfie considérablement. J’en profite pour échanger quelques sourires avec les formidables bénévoles. « vous êtes le premier à goûter à notre bouillon, devant ils n’en voulaient pas » disent-ils, « eh bien c’est avec plaisir et tant pis pour eux » répondis-je avant de me lancer sur une portion plus roulante mais très piégeuse. En effet, je ne me suis pas trompé, je commence à ressentir la fatigue, premier contrecoup, est-ce mental ou véritablement physique. Je commence à pénétrer la brume, qui se densifie de plus en plus jusqu’à devenir véritablement gênante, je suis en chasse patate, avec 2-3min de retard sur le coureur devant et 1-2min d’avance sur les poursuivants. Je sens que je ne suis plus aussi efficace, mon esprit s’évade, mon concentration part en dilettante…quand soudain Bim..je me tords la cheville gauche celle que je voulais préserver et qui me posait tant de soucis ces 4 derniers jours. Je sers les dents, je repars et Bim..de nouveau un appui fuyant, la cheville instable se tord encore légèrement !Aïïïeeee douleur vive sur le coup ! Je m’en veux énormément, mes errements vont-ils me coûter très chers !!! Je décide de me ressaisir, de sortir de ma léthargie… « alimente-toi, hydrate toi et souffle un bon coup ». Ca revient sur moi, je laisse passer, je me reprends et tente de me remettre dans ma bulle… « Sois plus agressif sur tes appuis, sois à l’attaque, change ton approche avec cette cheville, vas-y franchement, ça passe ou ça casse ! » Peu à peu, je retrouve de l’attention, mes réflexes redeviennent normaux, ma cheville me fait serrer les dents, assez fort par moments mais au fond de moi, je veux y croire, j’y crois d’ailleurs, ca passera, finalement la torsion n’était pas si forte et la douleur attendra l’arrivée pour se manifester si elle le veut ! L’arrivée à Maraboue me fait du bien, je vois le team GASPAR, qui me rebooste fortement sans le savoir, la course ne se gagne pas maintenant mais peut se perdre, il faut rester vigilant !Je décide de rester chaud et de ne pas faire appel au kiné du team. Je crois Ludo, toujours un plaisir d’entendre sa voix, je retrouve Jean Hugo qui est revenu de l’arrière. Il me dit qu’un gros groupe arrive…Ludo nous dit c’est Tom Lorblanchet, Stéphane Brogniart et David Pasquio entre autres, c’est des groupes comme ça qu’il faut accrocher, ca va au bout ! Ni une ni deux, nous repartons avec, je me trouve en 2ème position du groupe, puis je prends la tête prudemment, j’en garde volontairement car ce groupe m’intéresse et je veux pouvoir réagir si ça accélère. David Pasquio me passe et mène l’allure, ça me convient bien ! Avec l’expérience de David, notamment à la Réunion, c’est un sacré capitaine de route… Cette partie est très technique, vallonnée mais avec des petites descentes très glissantes, un savant mélange de grosses racines et de grosses pierres qui demandent d’innover à chaque appui, de sautiller, glisser, s’accrocher bref la panoplie complète de la coure technique en nature. Sur les descentes, nous jouons aux équilibristes et toutes les 5-10 minutes, on entend un « Aïe, m…, oups, etc. ». Je me sens relativement à l’aise dans ces portions où les exercices de proprioception, équilibre ou autre gainages sont fondamentaux. Dans la grosse descente du Côteau de Kervegen pour arriver à Mare à Joseph nous apercevons au loin Cilaos, premier point décisif de la course. David et moi nous détachons progressivement du reste du quatuor. Nous faisons une bonne descente tout en restant très prudent car la pente est extrêmement raide, avec des échelles à descendre mais le sentier est ludique est permet une pose des appuis normale ce qui, à la diagonale des masos, est vraiment du pain béni ! Ravitaillement à Mare à Joseph, court, rapide, juste de quoi relier cilaos sans souci. Après une dernière petite côte, nous redescendons sur Cilaos, km 67, je me sens super bien, je relâche dans la descente et arrive au Ravitaillement un peu avant David qui suit 200m derrière. Je retrouve toute la team GASPAR, notamment Phil déguisé en serveuse archi sexy avec sa perruque verte fluo ;-), du lourd, je retrouve également ma team de choc, The Bee, Pat et Tonio ! J’avais prévu de prendre mon temps ici, ensuite pendant 50km, nous sommes livré à nous-mêmes dans le cirque de Mafate avec uniquement quelques petits ravitaillement mais sans assistance. La journée s’annonce magnifique mais qui dit magnifique à la Réunion, dit très chaud ! Je dois prendre mes précautions ! Petite baignade dans un bidon d’eau fraîche, changement de T-shirt, de chaussettes et de chaussures sans oublier la casquette et les lunettes de soleil. Maya est au top, je prends mon temps, nous discutons, je lui transmets mes bonnes sensations, l’objectif était d’arriver « frais » à Cilaos, mission accomplie !Bien sûr, les muscles ne sont plus de première fraîcheur mais il reste du jus et de l’énergie. La nuit s’est bien passée et la cheville ne m’a plus dérangée dans les derniers 15km..Restons vigilant et agressif en descente ! Je m’alimente également, du riz, des patates, de la bonne viande séchée de chez nous, un mix de céréales !Après 7-8 minutes, et un gros bisou à Maya, je reprends la route, j’ai perdu 4-5 positions dans l’affaire mais je repars frais mentalement et avec du matériel au top ! Nous partons en léger faux plat montant, j’arrive à bien relancer avant de m’engager dans la descente vers cascade bras rouge. Je rejoins et dépasse Stéph Brogniart et un duo Jordi Gamito/Michel Lanne. J’ai l’impression de survoler cette partie sans forcer. Je me mets des limites, je ne veux pas accélérer plus qu’il ne faut, la course est encore très très longue et un moment d’euphorie comme celui-ci mal négocié, qui plus est avant l’entrée dans Mafate, peut se payer très cher. Dès le début de la montée pour arriver au pied du Taïbit, je sens que les jambes répondent bien, je continue sur un bon rythme, la chaleur commence à se faire sentir et on m’a beaucoup parlé de ce fameux Taïbit donc soyons prudent. J’aperçois un maillot breton devant, il s’agit de Jérôme, on échange quelques mots, il se sent bien !Il me dira le jour après l’arrivée qu’il a couru 100km avec un orteil cassé, sacré guerrier le breton ! Juste après le ravitaillement du pied du Taïbit, j’aperçois David Pasquio à nouveau, il m’avait passé lors du ravitaillement de Cilaos. Je me réjouis de retrouver mon capitaine de route, nous faisons course commune jusqu’au sommet ! Mais que ce fut long, cette montée est interminable, je reste autant que possible dans ma course, je m’alimente, je bois, on se rafraîchit dans les rivières dès que possible. David me confie qu’il a du mal à s’alimenter et à s’hydrater, c’est un problème récurrent chez lui malheureusement. Et en Ultra, sans alimentation c’est la mort assurée. Il se force mais ça ne passe pas !Pour l’instant il semble bien mais il m’avoue qu’il commence à être dans le dur. Lorsqu’on bascule en direction de Marla, je prends mon rythme de croisière en descente et je vois que David marque le pas, il me dit de continuer à mon rythme, j’y vais mais j’espère le revoir au ravitaillement de Marla pour affronter la suite de Mafate en sa compagnie. Ca ne sera pas le cas…je me ravitaille, rempli mes gourdes avec le sympathique Silvio qui m’aide à Marla avec tous les autres bénévoles toujours aussi souriants et bienveillants ! Et bim une petite photo au ravito, sans le savoir cette photo va remonter à mon équipe et aux gens qui me suivent ce qui va passablement les rassurer sur mon état de forme à ce moment de la course ! Je repars pour traverser la plaine des tamarins avant d’arriver à Sentier Scout, je suis seul, sans connaître le terrain et ses difficultés ni les distances, je me laisse porter par les découvertes, les aventures, je navigue au gré des racines, des cailloux, des sentiers plus raides les uns que les autres ! On me dit que j’ai l’air bien par rapport à ceux de devant, je pointe actuellement en 11ème position, aux portes du Top Ten, que je n’avais pas pu intégrer en 2014 sur l’UTMB. Ce n’est pas un objectif ou une finalité en soi mais ça serait la cerise sur le gâteau.   Je passe ainsi la plaine des Tamarins, sentier scout, plaine des Merles, îlet à Malheur avant d’arriver à îlet à Bourse où un ravitaillement bien venu m’attend, il était temps je commençais à être à sec !Cette traversée dans Mafate m’a totalement transportée, une végétation luxuriante, avec des bouquets de bambous avec des troncs de la taille des arbres chez nous, un spectacle incroyable. On m’annonce à îlet à bourse que devant il a 4-5min d’avance. Cela fait presque 30km que je ne vois pas d’autres concurrents, il serait bienvenu de croiser qqun même si Mafate suffit à mon bonheur !On m’indique également qu’il y a une bonne montée de 400m d+ avant une descente super raide sur la Roche Ancrée avant de débuter les 2000m D+ du Maïdo…Moi qui pensait m’attaquer presque immédiatement au Maïdo, ouf !je n’y suis pas encore et cette montée me fait déjà peur !les jambes commencent à sentir les 6000m d+ du début de course et nous sommes à peine au 90km environ ! Ni une ni deux, je me ressaisi et je pars à l’assaut de cette montée pré Maïdo, il fait très très chaud, totalement exposée au soleil, je me liquéfie, je n’ai qu’un objectif arriver en haut et basculer dans l’ombre, je n’ai qu’un litre poour arriver à Roche plate c’est-à-dire à mi pente du Maïdo donc au moins 2h…va falloir jouer serré !En haut on m’indique toujours 4min de retard, je ne grapille plus de temps car je suis également dans le dur sous cette chaleur pesante, étouffante ! Puis on bascule dans la descente, je souffle un peu, elle est à l’ombre, je prends mon rythme de croisière sans forcer et me disant que devant ils ne sont pas mieux que moi et finalement vu le parcours d’ores et déjà absorbé, je ne suis pas si mal ! Quand soudain…un coureur devant..qui est-ce ? un randonneur ? non il ressemble à…mais oui il ressemble à Gediminias Grinius…Mister Grinius, le militaire lituanien, l’indestructible Ultra Trailer, vainqueur de la Transgrancanaria et du Mont-Fuji (UTMF) et 4ème à la Western States SVP cette année ! Il me dit que ces quadri ont déclaré forfait, que la tentative du triplé UTMB (abandon), UTMF (victoire) et Diagonale des fous était un peu trop osé! Je veux bien le croire, mais quel guerrier aussi celui-là ! Waouuh ! Quelques centaines de mètres plus loin, j’aperçois un coureur assis parterre, il s’agit de Maxime Cazajous avec qui j’ai couru brièvement en début de course et qui a même pris la tête pendant quelques km. Je lui demande si tout va bien, il me dit qu’il est cuit mais qu’il a de l’eau, je lui conseille de se mettre à l’ombre car il est posé en plein soleil ! Je traverse la rivière en contre bas, ce qui marque le début de l’ascension du Maïdo, séparée en deux parties, la première de 1000m d+ jusqu’à Roche Plate (ravitaillement) et la deuxième de 1000m d+ aussi jusqu’au sommet. A l’attaque de ce mur imposant, je suis 9ème… Mon rythme est plutôt bon et même très bon par moment, j’ai encore du jus. Après 30min de montée, j’aperçois au loin un maillot vert, il s’agit probablement de Benoît Girondel, un autre coureur est devant lui avec un maillot blanc et rouge mais je n’arrive pas à l’identifier. Je tente de mesurer l’écart mais ils sont au moins 5-6 minutes devant car je les aperçois sur les hauts mais la pente est telle que la distance visuelle et la distance réelle ne sont absolument pas identiques. Ce n’est pas un problème, au contraire, je me focalise sur moi-même et je me sers d’eux comme de lièvre, la petite carotte à aller chercher progressivement, pas après pas. Nous marchons tout du long de la montée, après 100km de course sur de tels pentes, il est impensable voire même suicidaire de trottiner. Je me retourne une fois pour voir si qqun revient de l’arrière mais je me rends compte que le trou est fait, si des coureurs reviennent de l’arrière ce ne sera pas pour l’instant, je m’accroche à ma 9ème place sans obsession et tout en sachant que la course est encore très longue et piégeuse à partir du Maïdo malgré ce que les gens annoncent. Un peu avant d’arriver à Roche Plate, j’aperçois ce duo à 2min, je décide de faire le forcing avant le ravitaillement pour les avoir en point de mire à la sortie de ce dernier et éviter de les perdre de vue. Le paysage est gargantuesque dans ce cirque magique, préservé et extrêmement profilé, je me retourne par moment pour contempler ce spectacle majestueux, le sentiers sont très raides mais facile techniquement dans cette partie ce qui permet à l’esprit de s’évader un peu par moment surtout lorsque les jambes répondent présentes et prennent en charge le rythme sans se plaindre ! Seul l’hélicoptère suivant la tête de course vient perturber notre pèlerinage vers les sommets. Il s’approche au plus près, je tends la main pour saluer sans savoir si je suis réellement filmer car les deux autres coureurs sont juste au-dessus de moi. Par moment, les vagues de sable et de poussière ramené par l’hélico m’oblige a baissé la tête et me cacher sous ma casquette. D’ailleurs, j’ai perdu mes lunettes de soleil au dernier passage dans la rivière en voulant me rafraîchir, zut entre les réverbérations du soleil et la poussière ce n’est pas l’idéal mais rien de dramatique et j’avance, plutôt à un très bon rythme je trouve ! A l’arrivée au ravitaillement de Roche Plate, au prix d’un bel effort sur une partie de relance, j’ai moins d’1 minute de retard sur Benoît et environ 1 minute sur le blanc et rouge qui était en fait Francesco Cucco. A ma plus grande surprise, j’aperçois une quantité de coureurs plus vue depuis le départ de la course. Seul trois avaient quitté ce poste, Antoine, Iker et Freddy, par conséquent je rejoins Stéphane, le membre du Team GASPAR présent sur place, je mange un peu de salé et je vois Cyril Cointre, les frères Camus, Cucco et Girondel. Stéphane se réjouit car il me trouve frais et dispo, je réagis bien à ces questions et semble avoir la banane, je suis effectivement souriant, je prends énormément de plaisir malgré la douleur et la fatigue qui s’installe et pour l’instant la course se déroule comme je le voulais si ce n’est mieux ! Il me dit que les autres sont cuits, ces infos sont toujours bonnes à prendre mais je me méfie en général de ce genre de commentaires car seuls les coureurs connaissent réellement leur état, les apparences peuvent être trompeuses et surtout un coup de bambou bien gérer peut permettre à l’athlète de retrouver des forces assez rapidement, de reprendre un bon rythme et forcément de fil en aiguille de se relancer mentalement voire même de se sentir pousser des ailes. Ca m’est déjà arriver donc je ne tombe pas dans l’euphorie. Je bois trois bouillons assis à côté de Séb Camus pendant que Stéphane me masse légèrement les quadriceps. Sylvain Camus n’a vraiment pas l’air bien tout comme Cyril Cointre, les autres cachent leur jeu et ne semblent pas plus affectés que moi. Ce sera un bouillon de trop, je repars avec l’estomac bien lourd, zuut quelle stupidité, être entrain de digérer son ravito alors qu’on aborde une des partie les plus raide après la brèche pour arriver au sommet du Maïdo ! Bravo Zpeedy, première erreur au ravito, si c’est la seule ça devrait quand même le faire ;-) Je suis rentré en 9ème position et je repars 6ème ou 7ème avec Cyril dans la roue. Devant Francesco et Benoît ont une minute d’avance et Séb Camus est juste derrière à 15 sec. Nous sommes 5 en 1 min environ, quelle belle passe d’arme. Sylvain Camus ne repart pas, du moins pas pour l’instant. Je me focalise tout de suite sur Benoît devant moi pour faire la jonction mais les sensations son clairement moins bonnes qu’avant le ravitaillement, je me sens plein et lourd sur ces premières pentes. Bien évidemment une partie de mon sang s’occupe de mon système digestif au lieu de s’occuper principalement de mes muscles pour faire simple. Je décide de laisser passer l’orage, ca reviendra une fois ce maudit bouillon assimilé par mon organisme ! en attendant Benoît s’éloigne et un avion revient de l’arrière, je m’arrête pour le laisser passer mais Séb Camus s’est fait piquer par une mouche (chicougounia ou autre) mais il passe à toute allure, il me dira plus tard qu’il était revanchard après que son frère ne puisse plus continuer avec lui. Bref je n’essaie pas de suivre et je me focalise à nouveau sur ma course en 7ème D’autant que Cyril Cointre n’arrive pas à faire la jonction et je vois qu’il perd du terrain plutôt. Peu à peu je reprends un bon rythme et je reviens sur Cucco qui marque légèrement le pas…incroyable 6ème ! Je n’aperçois plus Benoît et Séb, on m’annonce 5-6 min sur Ben. Je n’en fais pas un objectif, je veux arriver au sommet dans de bonnes conditions pour revoir enfin ma Team de choc et mon abeille préférée ! C’est chose faite après une dernière partie d’ascension plutôt très bien maîtrisée, je relance immédiatement au sommet et j’aperçois Antoine qui me dit que le ravito est à 1km environ. Je cours super bien sur cette crête, les sensations sont bonnes et je m’enflamme même un peu mais je sais que le ravito arrive et je pourrais souffler un coup et faire le point sur mon état. J’arrive au ravito du Maïdo dans une super ambiance, Maya et Pat sont sur place avec Véro de l’association GASPAR et tous les bénévoles. Je reçois une multitude d’encouragements. Je m’alimente en riz, patate et viande séchée et je recharge les bidons. On m’indique que Ben est 3 minutes devant. A ce moment de la course, la priorité est ailleurs, il reste un peu plus que 50km et la deuxième nuit approche, il est 16h30 environ (à 18h il fait nuit). Je fixe déjà ma frontale pour être réactif dès que la luminosité diminuera dangereusement. Quel bonheur de retrouver tous mes proches après la traversée de Mafate et de les voir tellement motivés voire surexcités, enthousiasmés. Maya l’ai tout autant mais tente de garder son calme pour être efficace. A ce moment, je sens qu’elle y croit plus que jamais, elle m’indique la 3ème place de Freddy à 15min avec des crampes. Je la remercie mais je veux aller étape par étape, je suis 6ème et il me reste encore une longue route faisons les choses bien, mais l’information est utile pour connaître la dynamique de course ! Je repars dans la foulée après 2-3min de pause, les premiers 2-3km sont très durs pour moi comme après chaque pause je peine à reprendre mon rythme d’avant et j’ai du mal à relancer, cette partie est très casse-patte avec des relances incessantes, la vrai descente se fait attendre…Après 40min je bascule enfin dans des parties descendantes, je prends mon rythme, les jambes sont lourdes et la descente pas facile par endroit mais je cherche à me relâcher, bien respirer. Cette partie me permet de me remettre dans ma bulle ! A ma grande surprise, je reviens sur Ben sur une partie descendante plus roulante. Il me demande si ça revient derrière, je lui indique qu’il a un peu de marge car derrière ça semblait coincer mais par contre aucune idée de qui revient de l’arrière et ça, en ultra, c’est un facteur à tenir en compte…Je continue mon forcing dans la descente, je sens que mon rythme est bon et que devant ça peut craquer, du moins j’aime bien y croire ;-) En arrivant au ravitaillement de Sans Souci, je suis un peu déboussolé, je m’attendais à voir mon assistance et je demande donc au chef de poste s’ils ont bloqué qqun, elle me dit que non, personne n’est venu, je recharge donc mes bidons, mange un morceau et reprend la route sous les hurlements de la foule !je suis perturbé car c’est la première fois que j’entends autant de bruit lors de mon passage, normalement mon status « d’inconnu métropolitain » me valait de beaux encouragements mais pas un soulèvement de cette envergure…et tout d’un coup j’entends allez Iker, je me retourne, Iker Karrera sortait de je ne sais où pour reprendre la course à mes côtés…oui Iker Karrera ! J’ai besoin de quelques minutes en courant pour comprendre la situation, tel un supporter je l’encourage, situation absurde, drôle presque attendrissante, d’un fan qui suit un de ses modèles. Ni une ni deux, il repart de plus belle et impose un sacré rythme sur la rivière des galets, je ne cherche pas à le suivre plus longtemps, surtout ne pas sortir de ma bulle en voulant faire du zèle, le défi est suffisamment difficile sans se mettre des bâtons dans les roues. Un groupe de jeune court avec lui 100, 200 puis 300 mètres devant moi, je cours seul mais j’ai la banane, cette situation me plaît me fait sourire ! J’entends des gens s’interroger : «  Mais il fait la diagonale aussi, il est 5ème !!! allez allez vas-y tu vas le rattraper ». je me dis que la passe d’arme va tourner court, il s’échappe inexorablement dans le début de la côte suivante, on m’annonce d’abord 3min, puis 5….je me dis qu’il a repris du poil de la bête et qu’il fonce vers le podium. Je continue sur mon rythme tout en profitant des bénévoles, du monde qui s’est rassemblé pour nous saluer lors du coucher de soleil..et oui la deuxième nuit approche ! Mon rythme est bon, j’arrive encore à relancer, d’un coup un spectacteur me dit, tu es bien, je te sens fort, tu vas le reprendre, seulement 30 secondes devant…pardon 30 sec ?! est ce possible ? Ni une ni deux, je relance à la sortie d’un virage et je me retrouve à 100m d’Iker, il me voit, tente de relancer mais à ce moment là j’ai compris que j’allais le reprendre. L’instinct du chasseur se réveille quelque peu, je m’accroche, je relance, les mains sur les quadriceps, je tente de restituer au mieux l’énergie sur chaque pas, je suis concentré ! J’arrive à sa hauteur et lui demande en espagnol comment il va…il me répond que son estomac le fait souffrir par moments, il me demande si ça revient derrière…question récurrente !je lui transmets au mieux les infos que j’ai mais elles datent de deux heures en arrière et ne sont plus très fiables avec tout ce qui s’est passé entre temps. Je lui dis de s’accrocher, ça va aller mieux! Je continue ma route, je me retourne, personne…j’aurais voulu partager un bout de route avec ce champion qui m’a fait et me fait rêver ces dernières années mais en Ultra bien plus qu’ailleurs, les défaillances peuvent être soudaines et violentes, on se bat avant tout avec soi-même, la vrai compétition est interne avec son for intérieur, avec son physique souvent…Il se refera une santé tout bientôt et reviendra même peut-être sur moi, les choses changent très vite ! En attendant je m’envole, je finis cette interminable montée vers ce que je pense être « Dos d’âne » mais je ne suis pas sûr tant les noms se retrouvent à plusieurs endroits sur l’île. Le soleil est définitivement allé se coucher et moi j’aimerais bien en faire de même car les jambes commencent à sentir la petite balade…le mental aussi, la fatigue prend le dessus par moments, je dois rester concentrer, ne pas oublier de m’alimenter, de boire et rester agressif en descente pour éviter une entorse ! J’arrive à « Chemin ratineau » avec la frontale, il me reste 7km avant Possession où je vais retrouver Maya, the boys et la team GASPAR, je me réjouis déjà…j’aurais pas dû !!! Il reste un peu plus de 30km, mais quelle fin de parcours, je m’étais dit sans connaître les sentiers, 7km en fin de course avec peu de dénivelé positif, peut-être 1h ou 1h10 grand max…Queneni ! Il va me falloir plus qu’1h30 pour rallier la Possession sur des chemins surréalistes de nuit pour nous européens, habitués de nos sentiers alpins, qui plus est tout seul. Des parties super raides surtout en descente, avec des Pierres de 1m à 1,5m à chevaucher sans savoir ce qui attend dans le vide en dessous. S’accrocher aux branches des arbres pour se lancer sans voir oú on pose les pieds dans le noir. J’ai rencontré de nombreuses difficultés avec l’usage de ma frontale comment éclairer ses pieds quand en même temps on doit accrocher une branche et chercher la rubalise luminescente pour être sûr qu’on reste sur le chemin…compliqué, très compliqué ! Sans parler des fois oú j’ai dû retrousser ou plutôt rebrousser chemin pour retrouver la dernière rubalise. Une vrai galère, je commence à m’impatienter, j’en ai marre, cette portion me paraît interminable, elle m’use, puise dans l’énergie qui me reste et que je pensais conserver jusqu’au chemin des anglais et le colorado. Je dois me faire violence, je crie de rage à des moments lorsque je ne suis pas sûr d’avoir pris la bonne bifurcation et qu’aucune rubalise n’est apparue sous ma frontale. Je continue, cours, marche, rampe, m’accroche aux branches pour me balancer dans le vide, je finis ce parcours du combattant situé après plus de 130km de course ! La descente sur la possession, appelée « Kalla » est un enfer également, une souffrance, une mutilation pour des pieds déjà meurtris par tant de vadrouille technique. Ce chemin, en descente, ne possède pas une seule pierre identique et plate avec quasiment aucune place pour poser un appui normal. Je saute de pierre en pierre, à la limite de l’équilibre et, dans la nuit, à la limite pour les chevilles. Je tente de me focaliser, de rester concentrer sur l’objectif d’arriver à la possession, mais les lumières de la ville ne se rapprochent pas, que c’est long ! Je croise un créole qui me dit dans 100m ravitaillement…je le regarde dubitatif, avec raison car je vais encore crapahuter pendant une bonne vingtaine de minutes ! Les 100m les plus longs de l’histoire, très sympathique le bénévole mais très doué au niveau de l’évaluation des distances. Je ressors enfin de ce calvaire et croise Flo et Juju, la première réaction en les voyant est le soulagement, j’y suis, enfin !et directement, je leur dit de se méfier comme de la peste de ce passage demain lors du trail du Bourbon !Soyez prêt à souffrir! Je rentre dans le ravitaillement dans une ambiance de folie, de la musique, énormément de monde et de journalistes, je suis questionné deux ou trois fois par des radios locales pour savoir si je vais revenir sur Freddy le local. Je retrouve mon team, revoit avec énormément de joie Maya. Quel plaisir, mais la balade est loin d’être finie, je reste concentré sur le ravito pour ne pas perdre trop temps et éviter la tentation de l’arrêt car la fatigue se fait sentir fortement.   Maya s’occupe de moi de façon chirugicale, je me laisse faire tel un robot pendant que je raconte mais mésaventures et que je casse la croute. A ce moment de la course, nous savons tous les deux ce que nous devons faire et c’est une des premières fois où j’ai vraiment l’impression que je n’ai pas besoin de demander qqch car les automatismes sont là. Nous ne faisons qu’un ! Cela est possible, évidemment grâce à Maya mais également au boys qui lui permettent de se focaliser uniquement sur moi. Et pour moi c’est très agréable de la savoir accompagnée et soutenue dans les moments de stress et de fatigue ! Je repars de plus belle à l’attaque du chemin des anglais, celui qui m’avait joué un tour sur les seuls 3km de parcours que j’avais reconnu…je le monte avec les moyens du bord, c’est-à-dire plus beaucoup de relances et surtout une concentration de tous les instants !Après un moment, je doute, j’ai l’impression de tourner en rond, toutes les pierres se ressemblent et même sur les côtés, tout se ressemble…suis-je entrain de tourner en rond, est ce possible ? ces questions me taraudent l’esprit, personne à l’horizon devant et personne derrière, pas de bénévoles… Ce sentiment m’empêche d’avancer et si je marche pour rien…je décide d’appeler Florent, je sais qu’ils ont reconnu cette partie avec julien et j’espère qu’ils ne dorment pas encore !il me répond et me rassure en quelque sorte car il pense que ce n’est pas possible de se perdre sur ce chemin, pas de boucle. Juste avant de raccrocher je vois un bénévole au loin pour un pointage improvisé, je raccroche et je tente de retrouver un rythme normal après cette parenthèse de 15min de doute. Je descend sur la grande chaloupe et j’entends maya, pat e tonio m’appeler…que c’est bon d’entendre leur voix, l’énergie revient mais attention qu’est ce que ce chemin est technique avec tous ces pavés orientés dans des positions opposées, le piège à cheville parfait !   L’équipe me fait un ravito express en me changeant la boisson, je décide de ne pas manger grand chose car je n’en ressens pas le besoin sur le moment. Plus loin au vrai ravito de l’organisation je vois d’abord le médecin de GASPAR Franz et Patrice le Kiné, ils m’accompagnent le long des voies du train et à ce moment je croise Thérèse et Alain, les parents de Julian, un pote de métropole qui a vécu 4 ans ici ! Quel plaisir de voir leur sourire, leur enthousiasme, ils vivent la course au moins autant que nous et ça c’est fantastique, très belle émotion ! Après les avoir serré dans mes bras transpirant je m’engage dans le début de la montée du colorado qui n’est autre que la suite du chemin des anglais sur le premier tiers de la montée.   Une fois les interminables pavés finis, Patrice et Franz rebrousse chemin pour rentrer, je me retrouve à nouveau seul, dans ma deuxième nuit, cette sensation ne me dérange pas en tant que tel sinon je ne ferais pas de l’Ultra mais ce qui va devenir très compliqué c’est cette sensation de ne jamais arriver au bout de cette dernière montée. Comme si on me rajoutait des défis qui n’était pas dans le scénario initial de l’histoire. J’avais vu cette montée en deux phase sur le pauvre graphique du profil que j’avais à disposition mais elle s’est bien déroulée en trois temps voire quatre, voire cinq temps, du moins dans mon esprit et avec mon état de lassitude…à chaque palier je demandais à des locaux, c’est encore loin le sommet, les réponses n’étaient pas cohérentes, après 1h30 de montée, un père et son fils qui ont fait une centaine de mètres avec moi m’informent qu’il manque encore en tout cas 5km…5km !!!je m’écrie : « Encore plus d’une heure de montée !?! est ce possible ? »   Les dernières minutes sont très dures mon rythme a chuté, non pas forcément à cause de l’état physique qui est, certes, détérioré mais qui n’est pas dramatique mais plutôt à cause de l’état mental, j’ai déjà énormément puisé ces 5h dernières heures sans connaître le terrain que par moment inconsciemment, je lâche, baisse la tête et avance tant bien que mal ! Par moments, je me ressaisi et m’oblige à me focaliser sur l’objectif mais c’est de plus en plus difficile ! Au sortir de ces pentes raides entourées de cannes à sucre, je traverse un champs pour arriver au ravitaillement du colorado, enfin !!! Je me dis que c’est bon, plus qu’une descente et la redoute ainsi que mes proches m’attendent pour festoyer comme il se doit une course extraordinaire. Oui…sauf que ce ne sera pas aussi évident, aussi carthésien ! Un véritable calvaire ce colorado, pas une pierre similaire, comme d’habitude vous me direz, oui mais non, pas dans la dernière descente quand même ;-) En plus cette descente ne descend jamais ou par endroits de façon très abrupte, à chaque fois une petite remontée nous fait reprendre de la hauteur et le stade de la redoute tant convoité n’apparaît que très rarement et les lumières de la ville ne se rapproche jamais !!! Dès que je me suis lancé dans la descente, j’entendais les clameurs du stade, Freddy était probablement arrivé, cette ambiance m’a motivé pendant 5-10 min, puis plus un bruit, plus de lumières à l’horizon au dessus de la redoute…j’ai tout de suite compris que l’ambiance serait différente pour mon arrivée, aucune importance ! Je sais que je perds beaucoup de temps car contrairement à mes habitudes, je bétonne dans cette dernière descente, peut-être même beaucoup trop, je ne veux pas prendre de risques inutiles si près du but. Je suis moins lucide et dans ces moments un coup de boost m’aurait fait du bien, je ne vois personne revenir derrière donc je n’ai pas ce coup de boost… Les pierres me font mal sous des pieds déjà bien meurtris par l’aventure, je grimace à chaque impact, mes jambes sont dures et ont du mal à retransmettre l’énergie comme je le voudrais, mon esprit ne pense qu’à Maya, Pat, Tonio, Thérèse, Alain, le team GASPAR, Ludo Collet qui m’attendent, probablement avec impatience, à la redoute… Cette dernière descente se vit, elle ne se raconte pas, c’est tout ce que je pourrais dire tellement j’ai souffert ! La délivrance, un grand moment de partage avec Thérèse et Alain à 500m du stade, quelle plaisir de les revoir ! Je fais mon entrée dans le stade avec mon nœud pap en place, il est vide, enfin presque car les personnes les plus importantes sont là, une sorte de retour à l’essentiel tellement représentatif de l’Ultra. Cette ambiance me plaît et me permet de savourer ce moment. Je jette mon sac de rage, de soulagement, de joie et un petit enfant le ramasse et vient me le transmettre sur la ligne au moment où je signe mon Z « Zpeedy »…et soudainement je me fais à nouveau emporter par la musique, l’ambiance de fête pour entamer une danse endiablée avec le petit enfant qui, ça se voit, à ça dans le sang !quel moment ! Ensuite les mots de Ludo Collet, à l’arrivée dont je me souviendrais toujours, très très touchants !quel bonhomme celui-là ! Et ma moitié dans mes bras, ma petite femme si précieuse, si douce, si belle, quelle sensation, quelle émotion ! Les potes Pat et Tonio, la bière à la main, merci les potos vous êtes grands, vous êtes tops, vous êtes des modèles !

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DIego Pazos

DIego Pazos

Tombé dans la marmite du Trail et de l'Ultra Trail en 2012. Je parcours les crêtes et les sommets à la recherche d'aventure, de découvertes et d'émotions.

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